Interview de Mme Hélène Rigolet-Aubertin, responsable pédagogique de l’école maternelle » Les Petits Futés » à Moka, Maurice.
Suite au travail réalisé en classe de géographie portant sur les inégalités de développement, nous avons interviewé Mme Rigolet-Aubertin au sujet de son parcours dans l’éducation en Afghanistan entre 2004 et 2008.
Nous lui avons posé ces questions:
Pourquoi avez-vous décidé de travailler dans l’éducation en Afghanistan ?
« Le ministère m’a proposé d’aller en Afghanistan après l’attentat du 11 septembre 2001 et j’ai trouvé la proposition très intéressante. »

Jour de fête au CP
Comment avez-vous trouvé les conditions de l’éducation ?
« Désastreuses, très difficiles c’est comme ça là-bas. Il y a eu plus de 25 ans de guerre dans ce pays et il y en a toujours. Les écoles sont détruites et les filles n’ont pas accès à l’éducation. »
Quelles étaient les difficultés que vous avez rencontrées ?
« Beaucoup d’enfants ne parlaient et ne comprenaient que très peu le français. Aussi, les taliban interdisaient aux filles d’aller à l’école. »
Avez-vous travaillé dans d’autres pays ? Si oui, quelles étaient les différences entre l’éducation en Afghanistan et dans les autres pays ?
« Oui, j’ai travaillé au Liban, en Syrie et en Egypte. Au Liban, les conditions étaient plus faciles car les enfants comprenaient le français. Mais en Egypte, c’était plus difficile à cause de la dictature. »
Combien de temps êtes-vous restée en Afghanistan?
J’y suis restée 4 ans.
Est-ce que vous vous sentiez en sécurité ?
« Oui, je me sentais plutôt en sécurité car les habitants savaient que j’étais là pour les aider et non pour leur faire du mal et je suis une personne plutôt courageuse et non peureuse. »
Quelles améliorations avez-vous apportées ?
« J’ai essayé d’aider les femmes à mieux s’occuper de leurs enfants et aussi à augmenter le nombre de filles qui vont à l’école.
J’aidais les petites filles dans l’éducation, les jeunes femmes dans leurs vies et les enfants dans les rues qui ont perdu leurs parents pendant la guerre »
Avez-vous dû changer vos méthodes de travail ?
« Il a fallu que je change mes méthodes de travail pour les enfants, car la plupart n’étaient pas allés à l’école pendant 7 ans pour cause de guerre. »

Rentrée des classes pour les filles.
Y avait-il beaucoup d’enfants qui n’allaient pas à l’école et qui travaillaient à la place ?
«Oui, particulièrement les filles car elles devaient rester à la maison pour effectuer les tâches ménagères. »
Est-ce vraiment dangereux pour les filles d’aller à l’école?
Comme les taliban sont de retour, ils ont interdit aux filles d’aller à l’école. C’est dangereux pour les filles car lorsqu’elles vont à l’école, ils les agressent, jettent de l’acide sur elles, mettent des bombes dans leurs classes.
Elles courent le risque de ne jamais revenir à la maison et vont irrégulièrement à l’école.
Quel est le pire moment que vous avez vécu là-bas?
« C’était lorsqu’un homme (taliban) est arrivé avec une bombe à la hanche qui a éclaté devant une école et qui a fait 45 morts surtout des enfants. »
Quelle a été le meilleur moment que vous avez vécu là-bas ?
« J’en ai eu beaucoup d’émouvants, mais un des moments qui m’a le plus marqué était à Kaboul, dans le souk, quand je faisais des courses, de très jeunes enfants me chantaient « une souris verte » que je leurs avais appris. »
Avez-vous appris d’autres langues dans votre parcours en Afghanistan?
« Oui, j’ai appris le Dari. »
Qu’est ce que vous a apporté ce parcours en Afghanistan?
« J’étais heureuse d’aider les habitants de là -bas, peu importe leur religion, leur couleur de peau. Grâce à cette expérience, j’ai fait la connaissance de merveilleuses personnes, j’ai appris à aller vers les autres et à voir leur façon de vivre. En quelque sorte, je ne suis pas seulement française maintenant, je suis une femme du monde. »

Jour d’examen pour les garçons de 6ème.
Pourquoi êtes-vous venue à Maurice ?
« Mr Martinez m’a proposé de travailler ici avec les enfants mauriciens et j’ai accepté avec plaisir. »
Interview réalisée par Keshika et Kheshna de 5e1 , Aliya et Fabienne de 5e3 le 14 février 2014.
Les photos sont de Mme Rigolet-Aubertin.